Dépasser la limitation du corps physique

02/06/2019

Pour pouvoir dépasser cette limitation de la conscience au corps physique, il faut d'abord accepter pleinement ce corps. Je le redirai souvent : on est libre de ce que l'on accepte ; on est prisonnier de ce que l'on refuse et avec quoi on entre en conflit. 

Beaucoup d'êtres humains n'acceptent pas leur corps physique parce qu'ils ne se trouvent pas beaux, parce qu'ils ne se trouvent pas bâtis comme ils le voudraient, parce qu'ils n'ont pas les proportions qu'ils voudraient avoir ; beaucoup d'êtres humains sont déjà en conflit avec leur corps physique.

Ce corps physique, il est soit contracté, soit relâché. Nous pouvons toucher un corps physique - n'importe quel corps, pas seulement un corps humain ou animal - et constater qu'il est dur ou qu'il est mou, qu'il est raide ou qu'il est souple. Et le corps humain en tant que corps physique peut être contracté ou relâché. 

Ce corps est animé le prana, la vitalité. Et c'est par le relâchement des muscles que nous avons d'abord accès à ce prana (énergie) qui fait le lien entre le corps physique et le corps subtil. Si nous relâchons notre corps physique, nous pouvons commencer à prendre connaissance de l'énergie en nous, de la vitalité en nous, du prana en nous, - réelle et pas seulement théorique - .

Nous pouvons rassembler notre attention dispersée, la tourner vers l'intérieur et prendre conscience de notre corps. Nous pouvons en avoir une sensation qui devient de plus en plus précise avec l'exercice. Cette sensation est associée à la détente des contractions musculaires et, par là, se fait le lien entre le travail sur le corps physique et l'enveloppe de prana.

La forme la plus immédiate perceptible de l'énergie en nous, c'est l'influx moteur dans les muscles, l'impulsion qui fait contracter les muscles. En relâchant les muscles de plus en plus profondément, il est possible d'avoir une sensation de plus en plus subtile de son corps et de percevoir l'énergie au repos dans les membres complètement relâchés ou l'énergie redevenant dynamique au moment où l'intention d'un mouvement commence à animer ces membres. 

Un bras est complètement relâché ; j'ai une certaine sensation de ce bras ; je peux sentir que si je veux le bouger, le lever, je vais renvoyer l'impulsion motrice dans ce bras qui commence à s'animer. Puis, lentement, le bras va se lever. Si je contrôle mon geste, je peux ne dépenser que le strict minimum d'énergie nécessaire pour faire-un mouvement, et non pas donner autant d'énergie que si je devais soulever non seulement le bras mais un haltère de cinq kilos au bout du bras. Il est inutile de contracter l'épaule s'il suffit de contracter le poignet et l'avant-bras. D'innombrables exercices ont pour but cette maîtrise particulière : comment contracter fortement et donner une grande impulsion motrice dans certains muscles tout en gardant d'autres muscles absolument relâchés. Il y a des exercices de yoga ; il y a aussi des exercices qui correspondent aux différentes danses sacrées.

Vous pouvez aussi prendre conscience d'impulsions motrices en vous qui existent à votre insu, un besoin de bouger, des tensions musculaires diverses. Constatez qu'il y a en vous une source qui n'est pas consciente d'impulsions motrices et parfois d'impulsions motrices contradictoires. Par conséquent, j'agis sur le corps physique pour le relâcher et, dans ce relâchement profond des muscles, je commence à prendre conscience de cette enveloppe de prana. 

Je prends conscience de la circulation de l'énergie en moi, des blocages de l'énergie, et, par l'attention active portée à la circulation de cette énergie, toute une connaissance de soi absolument insoupçonnée de l'homme qui ne s'est jamais prêté à ce genre de discipline devient possible. 

On peut avoir une perception extrêmement fine des mouvements et de la circulation de l'énergie en soi, une conscience absolument nouvelle de cette circulation, répartition, accumulation, transformation de l'énergie à l'intérieur de nous-mêmes. De quelle qualité d'énergie nourrissons-nous notre corps ?

Le tonus musculaire, l'influx nerveux qui détermine les contractions musculaires est une expression de ce prana dans le corps, mais ce prana prend beaucoup d'autres formes puisque c'est lui qui préside à la digestion, à l'assimilation, à la circulation, à l'excrétion, à toutes les fonctions vitales biologiques. 

Dans les conditions ordinaires, une part de ce fonctionnement, de cette modification ou transformation du prana, nous échappe. Ce sont les fonctions instinctives, battements du cœur et circulation du sang, sécrétion des différentes glandes, sur lesquelles nous n'avons normalement pas de contrôle. Si surprenant que cela puisse paraître, une grande part de ces mécanismes physiologiques peut être peu à peu connue et maîtrisée, si l'on veut bien y consacrer l'effort nécessaire... et commencer par le commencement. 

Outre les exercices de sensation, les exercices respiratoires concernent aussi cette enveloppe de prana, d'énergie. D'ailleurs, ces exercices respiratoires sont connus sous le nom de «pranayama», maîtrise du prana, à travers la maîtrise de la respiration.

Mais la respiration n'est pas la seule manière dont l'organisme peut se charger ou se recharger en « prana » ; la nourriture alimentaire est aussi porteuse de prana, l'eau que nous buvons aussi et, d'une façon plus subtile, toutes les impressions et toutes les sensations qui nous frappent nous transmettent une certaine énergie. Tout le monde en a fait l'expérience ou peut en faire l'expérience. Vous pouvez vous rendre compte parfois que la simple vision vous donne un afflux d'énergie. Un homme qui se sent déprimé, sans ressort, sans dynamisme, voit tout d'un coup une très belle femme lui sourire et cela suffira pour lui redonner un influx d'énergie.

Les exercices respiratoires du pranayama permettent de contrôler non seulement le souffle, c'est-à-dire l'air inspiré, celui qu'on peut analyser ou mesurer par le spiromètre, mais également une énergie qui se répand dans tout le corps. Une énergie peut être parfaitement perçue, elle, comme imprégnant le corps entier et circulant dans le corps entier.

Si les énergies lourdes et destinées à aller vers le bas s'accumulent normalement dans le bas-ventre, il est possible de sentir une autre énergie plus subtile qui d'elle-même monte, s'élève, de la base du tronc vers le sommet de la tête, de la même façon que la fumée d'un feu s'élève vers le ciel. 

Cette maîtrise de soi n'est pas une petite entreprise. Cela ne relève plus de la «psychomotricité» habituelle. En contrôlant le relâchement et la contraction musculaires, on peut commencer à contrôler la circulation des énergies à l'intérieur de l'organisme ; en affinant ce contrôle, on peut agir sur les effets de chaque respiration et même sur la circulation du sang.

Des observations faites sur des yogis le prouvent.

Extrait du livre " Adhyatma Yoga , à la recherche du Soi - vol 1 " de Arnaud Desjardins