Émerveillement

27/12/2019

L'émerveillement peut naître en notre esprit en toutes circonstances et de la manière la plus simple qui soit, en croisant le regard d'un enfant qui vient de naître, en étant témoin d'un acte d'une grande bonté, ou en laissant notre esprit reposer au sein de la paix intérieure.

L'émerveillement devant la nature sauvage à lui tout seul ne réglera évidemment pas la crise écologique, mais il suscitera je l'espère, la prise de conscience et le respect. En effet le respect n'engendre-t-il pas le désir de prendre soin de son objet ? Ce désir entraîne l'action qui elle-même peut nous mener vers une harmonie durable entre l'homme et l'environnement dont il fait partie par le jeu de l'interdépendance de toutes choses.

« L'émerveillement constitue le premier pas vers le respect » Nicolas Hulot

S'émerveiller, c'est se fondre dans l'immensité du ciel, se perdre dans le dédale d'une écorce, disparaître dans l'intimité d'une fleur, savourer la fraîcheur de l'instant sans s'égarer dans les milles et un ailleurs de la distraction.

L'émerveillement produit une délectation aussi difficile à décrire que le goût du miel sauvage. Il suscite l'admiration, le respect, le désir de prendre soin de son objet et l'appréciation de ses qualités uniques.

L'émerveillement est plus vif que l'appréciation, plus serein que l'exaltation. Il appelle à la célébration et à la jouissance et non à l'envie ou à la jalousie. Il peut se partager par contagion joyeuse, sans imposer ni convaincre.

« Il est beau de s'émerveiller. Il est tragique de ne pas en être capable. Qui s'émerveille n'est pas indifférent. Il est ouvert au monde, à l'humanité, à l'existence. Il rend possible un lien à ceux-ci. Qui ne sait pas s'émerveiller est fermé au monde, à l'humanité, à l'existence. Il rend impossible un quelconque lien à ceux-ci. On comprend donc que la faculté de s'émerveiller soit jugée comme la chose la plus précieuse au monde. On peut être pauvre, si l'on sait s'émerveiller, on est riche. On peut être riche, si l'on ne sait pas s'émerveiller, on est pauvre. On passe à côté de l'essentiel, on manque la beauté du monde, la richesse des êtres humains, la profondeur de l'existence. » Bertrand Vergely

Dans la plus part des cas, on éprouve cette fluidité de l'émerveillement comme une expérience très gratifiante, voire un ravissement qui se situe à l'antipode de l'ennui et de la dépression comme de la fébrilité et de la distraction. Tant que dure le flux, la conscience de soi s'estompe. Il ne reste que la vigilance du sujet qui se confond avec l'action et ne s'observe par lui-même.

A l'opposé du sentiment d'aliénation à l'égard du monde, des autres et de la nature, l'émerveillement instille un sentiment d'appartenance. Il nous fait prendre conscience de l'interdépendance de toutes choses et peut, en effaçant le sentiment de séparation d'avec le monde des phénomènes, provoquer une expérience d'ouverture et de liberté qui outrepasse la dualité du sujet et de l'objet.

« Plongez vos mains dans une rivière. Regardez l'eau qui se heurte à cet obstacle imprévu, sa manière gaie de le tourner. Laissez la fraîcheur monter de vos mains à votre âme. Accroupi, tête vide, comme un enfant devant un grillon, écoutez l'eau qui passe, l'insolence claire du temps qui fuit : vous venez de sentir, de voir et d'entendre une sonate de Mozart pour violon et piano » Christian Bobin

Extraits du livre « Emerveillement » de Matthieu Ricard