La Conscience selon Sri Aurobindo

12/05/2018

Un disciple de Sri Aurobindo, un jour, ayant une grave décision à prendre, lui avait écrit pour demander conseil, or, quel ne fut pas son embarras lorsqu'il lui fut répondu de prendre sa décision "au sommet de sa conscience". 

C'était un disciple occidental et il s'était demandé ce que diable on pouvait bien entendre par là; si ce "sommet de la conscience" était une manière de penser très fort, ou une sorte d'enthousiasme quand le cerveau est bien chauffé, ou quoi? Parce que c'est la seule manière de conscience que nous connaissions en Occident. C'est-à-dire que, pour nous, la conscience est toujours un phénomène mental: je pense, donc je suis. C'est un point de vue, le nôtre; nous nous plaçons au centre du monde et nous accordons le bénéfice de la conscience à qui partage notre manière d'être et de sentir. Pourtant, si nous voulons comprendre et découvrir ce qu'est la conscience, et la manipuler, il faut passer outre à cet étroit point de vue. 

Sri Aurobindo, dès qu'il fut parvenu à un certain degré de silence mental, avait pu faire les observations suivantes:

"La conscience mentale n'est qu'une gamme humaine et elle n'épuise pas plus toutes les gammes de conscience possibles que la vue humaine n'épuise toutes les gradations de couleur ou l'ouïe humaine toutes les gradations du son, car il y a quantité de choses, au-dessus ou au-dessous, qui sont invisibles pour l'homme et inaudibles.

De même, il y a des gammes de conscience, au-dessus et au-dessous de la gamme humaine, avec lesquelles l'être humain normal n'a pas de contact et qui, de ce fait, lui semblent "inconscientes" -- des gammes supramentales ou surmentales et des gammes submentales...

En fait, ce que nous appelons "inconscience" est simplement une autre conscience. Nous ne sommes pas plus "inconscients" quand nous sommes endormis ou assommés, ou drogués, ou "morts", ou dans n'importe quel autre état, que quand nous sommes plongés dans une pensée intérieure et que nous avons oublié notre moi physique et tout ce qui nous entoure. Pour quiconque a tant soit peu avancé sur le chemin du yoga, c'est là une proposition tout à fait élémentaire".

Et Sri Aurobindo ajoute: "A mesure que nous progressons et que nous nous éveillons à l'âme en nous et dans les choses, nous réalisons qu'il y a une conscience aussi dans la plante, dans le métal, dans l'atome, dans l'électricité, dans tout ce qui appartient à la Nature physique. Nous découvrons même que ce n'est pas, à tous égards, un mode de conscience inférieur ou plus limité que le mental; au contraire, dans beaucoup de formes dites "inanimées", la conscience est plus intense, plus rapide, plus aiguë, bien que moins développée en surface"

La tâche de l'apprenti yogi sera donc d'être conscient de toutes les manières, à tous les niveaux de son être et à tous les étages de l'existence universelle, pas seulement mentalement; d'être conscient en lui-même, dans les autres et dans les choses, dans la veille et dans le sommeil; et finalement, d'apprendre à devenir conscient dans ce que les hommes appellent "la mort", car selon que nous aurons été conscients dans notre vie, nous serons conscients dans notre mort.

Mais nous ne sommes pas obligés de croire Sri Aurobindo sur parole; il nous encourage même vivement à voir par nous-mêmes. Il faut donc démêler cette chose en nous qui relie nos diverses manières d'être, "endormi", "éveillé", ou "mort" et nous permet d'entrer en contact avec les autres formes de conscience.

Extraits de "Sri Aurobindo ou l'aventure de la conscience" de Satprem