Les 5 Sacrifices quotidiens

09/02/2021

Le but de la Karma-Yoga est de substituer le devoir à la jouissance personnelle ; l'homme agit pour satisfaire ses instincts inférieurs ; il agit parce qu'il veut obtenir quelque chose ; il agit pour le gain, pour une chose qu'il désire, pour obtenir une récompense. Il travaille parce qu'il veut de l'argent afin de pouvoir se procurer des jouissances. Il travaille parce qu'il aspire au pouvoir, qui donnera satisfaction à son soi inférieur. Toutes ces activités, sont mises en mouvement pour aider ses instincts inférieurs. Afin de discipliner et de régulariser ces activités, afin de les utiliser pour les desseins du Soi supérieur, il faut amener l'homme à substituer le devoir à la jouissance personnelle, à travailler parce que le travail est un de ses devoirs, agir pour l'accomplissement de la Volonté divine dans le Cosmos et non pour le plaisir d'une entité distincte qui se croit indépendante alors qu'elle devrait travailler sous Ses ordres. On atteindra ce but en haussant graduellement la sphère de ses activités.

Considérez comme un pas vers ce but les cinq sacrifices journaliers. Chacun des cinq est le paiement d'une dette, la reconnaissance de ce dont l'homme, pris individuellement, est débiteur envers le tout au milieu duquel il vit. 

Le Sacrifice aux Dévas

Le Sacrifice aux ancêtres

Prenons le premier : le sacrifice aux Dévas (Divinités). L'homme doit apprendre qu'il est le débiteur de la Terre et des Intelligences qui dirigent les fonctions de la nature, grâce auxquelles la Terre porte des fruits et fournit à l'homme sa nourriture. L'homme prélevant de quoi nourrir son corps, celui-ci doit, pour s'acquitter, restituer à la Nature un équivalent de ce qui lui a été fourni, grâce à la coopération de ces Intelligences Cosmiques, de ces Dévas, qui dirigent les forces du monde inférieur. Or le sacrifice dont nous parlons a pour but de nourrir ces agents inférieurs, de leur fournir des aliments par le feu (bougies, lumière, feu...) ; et le feu est appelé "la bouche des dieux" parce qu'il produit la désagrégation, parce qu'il change et transforme les solides et les liquides qui y sont jetés, les fait passer à l'état de vapeur, les désagrège en matières moins denses et les transforme ainsi en matière éthérique, pour devenir, sous cette forme, la nourriture des élémentals inférieurs qui exécutent les ordres du Déva Cosmique. C'est ainsi qu'un homme leur paie sa dette et, en retour, la pluie tombe dans les régions inférieures de l'atmosphère, la terre produit et l'homme reçoit sa nourriture. 

Au début, il regardait cela comme un enseignement religieux, puis vint le moment où cela ne lui sembla être qu'une superstition, dans son ignorance des motifs réels, car il ne voyait que le côté extérieur. Une connaissance plus approfondie vient ensuite, lorsque la science, qui commence par tendre vers le matérialisme, s'élève, par une étude plus approfondie, jusqu'à la connaissance du royaume spirituel. 

La science commence à dire, en termes scientifiques, ce que les Rishis (Maitres de l'Inde) ont dit en termes mystiques, c'est-à-dire que l'homme a le pouvoir de diriger et de régulariser, par ses propres actes, l'action des forces inférieures de la Nature et, de cette façon, la science grandissante donne raison aux enseignements du passé, démontre à l'intelligence ce que l'homme spirituel voit par intuition directe, par la vision spirituelle. 

Nous avons ensuite le Sacrifice aux ancêtres ; la reconnaissance de ce que l'homme doit à ceux qui l'ont précédé, dans le monde ; le paiement de sa dette envers ceux qui ont travaillé dans le monde avant qu'il n'y vienne, la gratitude et la vénération auxquelles ont droit ceux qui ont, en partie, fait le monde pour nous et y ont introduit des améliorations dont nous devions hériter. 

Ce service est une dette de reconnaissance due à ceux qui nous ont immédiatement précédés dans l'évolution humaine, qui en ont pris leur part durant leurs vies terrestres et qui nous ont légué le résultat de leurs travaux. 

Puisque nous recueillons le fruit de leurs travaux, nous nous acquittons en leur témoignant de la reconnaissance. C'est pourquoi l'un des sacrifices journaliers est la reconnaissance de la dette de gratitude que nous devons à ceux qui sont partis avant nous. 

Le Sacrifice de l'étude

Ensuite vient, naturellement, le Sacrifice de l'étude, afin que par l'étude des écrits sacrés les hommes deviennent capables d'aider et de former ceux qui sont plus ignorants qu'eux et puissent aussi évoluer en eux-mêmes le savoir indispensable pour rendre possible la manifestation du Soi inférieur. 

Le Sacrifice aux hommes

Quatrièmement le Sacrifice aux hommes, le fait de s'acquitter pour un homme de ses devoirs envers l'humanité, le fait de nourrir un homme pour proclamer que les hommes se doivent mutuellement toutes sortes de services amicaux dans le monde physique, se doivent toute l'assistance qu'un frère peut donner à son frère. 

Le sacrifice aux hommes est la reconnaissance formelle de ce devoir et, en nourrissant ceux qui ont faim, en donnant l'hospitalité à ceux qui en ont besoin, bien, qu'en fait, vous ne nourrissiez qu'un homme au point de vue idéal et en raison de votre intention, c'est l'humanité entière que vous nourrissez. 

Lorsque vous offrez l'hospitalité à un homme qui passe devant votre porte, vous ouvrez la porte de votre cœur à l'humanité considérée comme une grande entité ; en aidant et en abritant un individu, c'est à l'humanité, en général, que vous offrez aide et abri. 

Le Sacrifice aux animaux

Il en est de même du dernier des cinq sacrifices, le Sacrifice aux animaux. Le chef de la famille doit placer des aliments sur le sol, afin que tout animal qui passe puisse en prendre. C'est là votre devoir envers le monde inférieur, car vous lui devez aide, nourriture et éducation. Le sacrifice aux animaux a pour but de graver dans notre mémoire que nous sommes ici-bas pour former, diriger et aider les créatures inférieures, c'est-à-dire tout ce qui est au-dessous de nous sur l'échelle de l'évolution. Chaque fois que nous nous rendons coupables de cruauté, de rudesse et de brutalité envers les animaux, nous pêchons, en réalité, contre Celui qui réside en eux et dont ils sont, eux aussi, les manifestations inférieures. 

Et c'est afin que l'homme apprenne à discerner ce qu'il y a de bon dans la bête, afin qu'il puisse comprendre que Dieu s'y trouve caché. Le seul moyen que nous ayons de sacrifier aux animaux, c'est de les traiter avec bonté, douceur et compassion, c'est de les former, d'aider leur évolution, au lieu de les repousser avec la brutalité et la cruauté dont nous voyons tant d'exemples autour de nous. 

C'est ainsi que l'homme a appris, grâce à ces rites et à ces cérémonies extérieures, les vérités spirituelles dont sa vie devait être imprégnée. Et après avoir accompli les cinq sacrifices, il devait aller dans le monde des hommes pour sacrifier encore par des actes d'un autre genre, pour sacrifier en s'acquittant de ses devoirs quotidiens. Et sa journée, qui avait commencé par ces cinq sacrifices, s'écoulait, sanctifiée, dans la vie extérieure des hommes. 

L'insouciance du devoir, dans cette vie extérieure du monde, a grandi simultanément avec la graduelle insouciance pour ces cinq sacrifices. Non que ces sacrifices soient, par eux-mêmes, à jamais nécessaires, car il arrive un moment où l'homme s'élève au-dessus d'eux, mais souvenez-vous de ceci : il ne s'élève au-dessus d'eux que lorsque sa vie tout entière est devenue un long sacrifice. Jusqu'à ce moment, cette reconnaissance formelle de ses devoirs est nécessaire afin qu'il puisse rendre sa vie plus élevée. 

Et malheureusement, dans l'Inde d'aujourd'hui, le monde d'aujourd'hui, on attache bien peu d'importance à ces sacrifices, non parce que les hommes se sont élevés au-dessus d'eux, ni parce que leurs vies sont assez pures, spirituelles et élevées pour qu'ils n'aient plus besoin de l'éducation inférieure et du rappel constant à la mémoire, mais parce qu'ils sont devenus insouciants et matérialistes et sont tombés bien au-dessous de l'idéal de leur Manou (Guide spirituel universel). Ils refusent de reconnaître ce qu'ils doivent aux Forces qui sont au-dessus d'eux et, par suite, ils n'accomplissent pas leur devoir envers les hommes qui les entourent.


Extraits du livre "Le Sentier du Disciple" de Annie Besant