L'Homme et le Buffle

27/03/2018

Il n'est pas facile de dire ce qu'est la méditation

Les bouddhistes ont préféré le montrer à travers les "10 dessins de l'apprivoisement du buffle"

L'Homme symbolise notre Conscience, notre Aspiration divine.

Le Buffle symbolise notre animalité, nos instincts, nos pulsions, nos désirs.

1 - Ils n'ont pas fait connaissance et il n'est pas encore son maître.

La tête majestueuse du buffle est coiffée de cornes splendides. Il est sauvage, violent et indompté.  Le Ciel semble hostile. Le Buffle comme le Ciel orageux est chargé d'une énergie obscure.

Comment maîtriser cette Bête magnifique et dangereuse ? L'homme ruse avec elle. Il utilise son avidité. Il lui offre son herbe préférée pour vaincre sa méfiance, mais il cache la corde avec laquelle il l'attachera. Il prépare le bâton qui réprimera ses écarts.

Qu'elle est cette puissance déchaînée ?

2 - Le début de la maîtrise.

L'Homme a établi le contact avec l'animal. Il a pu passer une corde dans ses naseaux. Il brandit le bâton dont il menace pour se faire obéir.

La Bête doit se soumettre. Les nuées orageuses ont disparu. La Nature s'apaise. Cependant le Ciel est encore gris. Elle se débat. Sa farouche et sombre énergie cède à une sensation subtile qui vient de l'Homme, à travers le lien qui la relie à lui. Le museau du buffle devient blanc.

Qu'elle est cette tâche blanche ?

3 - L'Homme a obtenu son acceptation.

Le Buffle commence à suivre l'homme mais avec quelques réticences. Il ne tire plus sur la corde, aussi l'Homme a rangé le bâton sur son épaule. Le Buffle ne tourne pas encore son regard vers l'homme. Ses reins creusés indiquent qu'il a peur. L'Homme doit demeurer vigilant, sinon à la moindre défaillance, la Bête s’enfuira. 

Ce début de soumission commence à humaniser la Bête. Sa tête est entièrement blanche. Un soleil rouge apparaît entre les nuages.

Pourquoi la Nature et la Bête s'apaisent-elles ensemble ?

4 - Le Buffle tourne sa tête vers l'Homme.

Le Ciel s'est purifié. La lumière du Soleil traverse l'air limpide. Les arbres détendent leurs branches. Le Buffle tourne sa tête vers l'homme. Il le regarde avec confiance. Sa tête, ses pattes avant et son poitrail avant sont blancs.

Mais l'Homme reste vigilant. Il y a encore beaucoup de puissance dans le corps de la Bête. Il est prudent de ne pas la laisser libre de crainte que ses instincts se réveillent.

Quel est donc dans l'Homme ce pouvoir qui apaise ?

5 - Obéissance et Amitié.

Il reste très peu d'énergie obscure dans le corps de la Bête. Ce n'est plus un lien matériel qui l'attache à l'Homme, mais une affection craintive. 

L'Homme reste attentif. Il conserve la corde et le bâton . 

Une eau vive descend de la montagne. Sa douce buée atténue l'éclat du soleil.

Comment l'invisible attache-t-il autant que le visible ?

6 - Le Buffle est apaisé.

L'animal est apaisé. A peine une trace sombre sur sa robe blanche au poil soyeux. L'homme est sur de son attachement. Il a abandonné ses moyens de contrainte. L'énergie furieuse du Buffle s'est changé en tendre sensibilité.

L'Homme joue de la flûte. Il goûte profondément cette harmonie inconnue. Tout est douceur en eux et autour d'eux. Les arbres sont en fleurs.

Pourquoi l'Homme et la Nature se sont harmonisés ensemble ?

7 - Bien que libre, le Buffle reste près de l'Homme.

L'Homme ne se soucie plus du Buffle. Il est conquis et ne le quittera plus. Il boit l'eau cristalline de la source. Dans l'herbe fleurie, sa blancheur est comme un lotus épanoui sur un lac calme.

L'Homme contemple et admire la puissance paisible du Buffle. Le soleil rougeoie à l'horizon. L'homme jouit profondément de la beauté de cette vallée et sa propre sérénité.

Ce qui est hors de lui est-il comme ce qui est en lui ?

8 - Ils s'oublient mutuellement, mais ne se quittent pas.

La Bête est immaculée. La Lune l'éclaire. Quelques étoiles s'allument dans le Ciel immobile. 

Tout n'est que paix. Le Ciel et la Terre s'estompent baignés par la douceur du soir, dans leur quiète béatitude.

L'Homme et le Buffle sont seuls, tous les deux, mais ils ne peuvent plus être séparés.

Où est la Terre, où est l'Espace, où est le Temps ?

9 - Il est seul, le Soleil l'illumine. Le Buffle reviendra vers lui.

Le Temps s'est écoulé....mais quel Temps ?  Les étoiles du matin scintillent encore alors que le soleil surgit de la montagne. L'Homme est dans une solitude merveilleuse, pourtant il n'a jamais cessé d'être seul. 

Le Buffle est maintenant symbolique. L'Homme l'a intégré. Il a rétabli l'unité en lui. Il sait ce qu'il est, ce qu'il lui faut. Le combat est terminé, plus de gain, plus de perte.

Descendra-t-il à nouveau dans la vallée ?

10 - Les deux sont évanouis. Ils sont là où il n'y a rien.

Quel est cet état où il n'y a rien de ce que nous appelons...quelque chose . Ce qui est ... est et ce qui n'est pas ne peut-être.

Est ce le néant ou la plénitude ? Mais qui peut imaginer le néant, la plénitude ? Les mots sont-ils pleins ou vides ? L'océan est-il une grande goutte d'eau ou bien la goutte d'eau est-elle un petit océan ?

Allons plus loin vers ce que nous sommes vraiment, vers ce que nous n'avons jamais cessé d'être.

Extrait du Journal du Yoga n° 167