Qu’est-ce que je veux ?          Sur quel chemin suis-je engagé ?

02/06/2019

Le mot chemin, ou le mot voie, a été depuis toujours utilisé pour désigner la transformation possible à l'homme, transformation qui débouche sur ce que l'on a appelé éveil ou libération. Le Bouddha a même employé les mots véhicule et bateau, disant que lorsqu'on a utilisé un bateau pour passer sur l'autre rive, on n'a plus qu'à le laisser et à continuer sans lui. Il est parfaitement légitime de s'appuyer sur cette comparaison et de faire des rapprochements entre la sadhana (pratique spirituelle) et le voyage ou la navigation (c'est-à-dire le déplacement d'un lieu à un autre).

Quand on voyage, il est nécessaire de faire souvent le point en se demandant : « Où est-ce que je me trouve ? À quel degré de longitude, de latitude ? Quelle direction dois-je prendre ? Quelle distance ai-je franchie depuis mon point de départ ? Quelle distance me reste-t-il à franchir ? » 

Sur le chemin, il faut faire souvent le point, reprendre toutes les questions fondamentales, même celles qu'on croit résolues, et dix ans après, se reposer les questions qu'on se posait : « Qu'est-ce que je veux ? Sur quel chemin suis-je engagé ? Qu'est-ce que je fais ? Qu'est-ce qui m'est demandé ? Pourquoi ? »

Dans l'existence, très vite, tout se répète. Celui qui a mangé d'un certain plat peut se dire : « Ce sera toujours la même chose toute ma vie, chaque fois que je remangerai de ce plat. » 

Si un homme a eu une fois des relations sexuelles avec une femme, il y a de fortes chances pour que ces relations sexuelles se répètent toujours identiques à elles-mêmes, sauf si cet homme et cette femme évoluent et se transforment, auquel cas leur sexualité se transformera aussi. 

Mais les expériences de la vie, très vite, deviennent répétition ; on ne vit plus rien de réellement nouveau. Au contraire, sur le chemin - si l'on y progresse vraiment - tout est tout le temps nouveau

Par rapport à la voie, la vie consiste à rester sur place, comme quelqu'un qui vivrait toujours au même endroit et qui n'aurait d'autre horizon, pendant toute son existence, que les maisons de son village. 

La voie, au contraire, c'est le voyage. Je quitte mon village, je quitte les paysages auxquels je suis habitué, et chaque jour, à chaque kilomètre, je découvre de nouvelles montagnes, de nouvelles végétations. Après les plaines les montagnes, près les montagnes les plaines ; après les forêts les déserts, après les déserts les oasis, et de nouvelles forêts. 

Un des critères de l'engagement sur le chemin, c'est cette impression de renouvellement, de nouveauté. La vie, au lieu d'être fastidieusement pareille à elle-même, commence à apporter du nouveau tous les jours. Ce que j'appelle aujourd'hui méditation sera tout autre dans un an, et encore tout autre dans cinq ans. Si ma méditation se répète d'année en année toujours pareille, cela signifie que je ne suis pas sur le chemin, que je ne progresse pas. Tous les éléments de ce chemin évoluent.

Alors, le chemin va très vite. Votre propre existence est effectivement le plus grand, le plus génial des gourous (Maitres Spirituels). Mon existence est exactement celle que j'ai attirée, celle qui me correspond.

Tout d'un coup, on découvre à quel point, sans s'en rendre compte, on a pu perdre son temps. Des journées entières se sont écoulées où j'ai été disciple pendant combien de temps ? Cinq minutes ? Ou une fois vraiment, pendant une demi-heure, et ensuite pendant trois jours, je me repose sur mes lauriers. Si, seconde après seconde, vous accueillez l'existence, telle qu'elle est, comme la grâce du gourou (de la Vie) à l'oeuvre, je vous promets que le chemin sera parcouru très vite. C'est bien normal. Si je suis en sadhana (pratique spirituelle) , ne disons pas vingt quatre heures sur vingt-quatre, parce qu'on n'est pas tout de suite en sadhana pendant le sommeil, mais disons dix-huit heures par jour, cela donne plus de résultats que deux fois cinq minutes par jour. Et tout est là. 

« Ce qui importe, ce n'est pas une sadhana plus efficace qu'une autre, ce qui importe vraiment c'est le temps que vous y consacrez », a dit Mâ Anandamayi. 

Alors, comment est-ce que je peux consacrer tout mon temps à la sadhana, si je ne suis pas dans un monastère, avec une heure de méditation, une heure de chant, une heure d'étude des textes sacrés, une heure de travail dans le cadre du monastère, une heure d'entretien collectif avec le gourou, etc. ?

Je répète souvent la parole de Swâmiji - « Tout ce qui vient à vous vient à vous parce que vous l'avez attiré ; tout ce qui vient à vous vient à vous comme un défi et comme une opportunité. Je peux la transformer légèrement et dire : « Tout ce qui vient à vous vient à vous comme la grâce de votre gourou ; tout ce qui vient à vous vient à vous comme un défi ou comme une opportunité. »

Minute après minute, voici les conditions que j'ai tant demandées pour pouvoir vraiment progresser - pas une progression illusoire dans le mental. Et je ne m'en rends pas compte. Je continue à penser mon existence au lieu de la vivre, à être toujours dans le passé ou dans le futur, et à manquer l'opportunité de l'instant présent.

Cette fatigue va me permettre de progresser, ce malaise va me permettre de progresser, cette anxiété va me permettre de progresser, cette mauvaise nouvelle va me permettre de progresser. Ce contretemps, cette inquiétude, tout ce qui arrive, je l'accueille comme la grâce du gourou (de la Vie) à l'oeuvre.

Celui que l'on a appelé Satan, l'Adversaire ou le Tentateur ou le Malin, ou tout simplement le Mental, a une ruse, une seule, mais qui marche toujours : elle consiste, instant après instant, à nous souffler que l'événement que nous sommes en train de vivre fait exception, que c'est une difficulté, un contretemps, une épreuve, et que nous n'avons pas à l'accepter.

Et comme il n'a qu'une seule ruse, il n'y a qu'une seule réponse à lui donner, toujours la même. Donnez-la-lui en sanscrit, cela l'impressionnera encore plus ! À chaque fois, répondez : « Gourou kripa kevala, tout est la grâce du gourou. » Ce n'est pas un mantram, et pourtant, en un sens, c'est le plus puissant des mantrams, le mantram tout-puissant.

Alors, un beau jour, le Malin (le mental) se lasse, et voyant qu'il est toujours perdant, il abandonne la partie.

Extrait du livre " Adhyatma Yoga , à la recherche  du Soi - vol 1 " de Arnaud Desjardins