Yoga et maladies

31/10/2019

Une fatigue intense physique, au cours de la pratique du Yoga , peut tenir à des causes diverses :

  1. Elle peut venir de ce que le corps reçoit plus qu'il ne peut assimiler. Le remède est alors un repos tranquille dans une immobilité consciente en recevant les forces, mais sans autre but que la récupération de sa force et de son énergie.
  2. Elle peut provenir de ce que la passivité a pris la forme de l'inertie; l'inertie fait descendre la conscience au plan physique ordinaire, qui est bientôt fatigué et enclin à l'indolence. Le remède, ici, est de ne pas se reposer dans l'inertie, mais de retourner à la vraie conscience pour y chercher le repos.
  3. Cela peut être dû à un simple surmenage du corps, si on ne lui donne pas assez de sommeil ou de repos. Le corps est le support du Yoga, mais son énergie n'est pas inépuisable et doit être ménagée; elle peut être entretenue en faisant appel à la force vitale universelle, mais cette assistance aussi a ses limites. Une certaine modération est nécessaire, même dans l'ardeur de progresser; modération, non pas indifférence ou indolence. 

La maladie est un signe d’imperfection ou de faiblesse, ou bien d'ouverture à des contacts adverses dans la nature physique, et elle est souvent aussi liée à quelque obscurité ou à quelque manque d'harmonie dans le vital inférieur, le mental physique ou ailleurs.

C'est très bien quand on peut se débarrasser de la maladie entièrement par la foi et le pouvoir du yoga, ou par la pénétration de la force divine. Mais très souvent cela n'est pas tout à fait possible parce que la nature entière n'est pas ouverte ou capable de répondre à la force. 

Le mental peut avoir la foi et répondre, mais il se peut que le vital inférieur et le corps ne suivent pas; ou bien, même si le mental et le vital sont prêts, le corps peut ne pas répondre ou répondre seulement en partie, parce qu'il a l'habitude d'obéir aux forces qui produisent une certaine maladie, et l'habitude est une puissance très obstinée dans la partie matérielle de la nature. 

Dans des cas semblables on peut avoir recours à des moyens physiques non pas comme moyen principal, mais comme une aide et un support matériel à l'action de la force; pas de remèdes forts et violents, mais ceux qui sont salutaires sans incommoder le corps.

Certainement, on peut agir du dedans sur une maladie et la guérir. Seulement ce n'est pas toujours facile, car la matière oppose une grande résistance, la résistance de l'inertie. Une persévérance infatigable est nécessaire; au début on peut échouer complètement, ou les symptômes peuvent s'aggraver, mais graduellement on domine de plus en plus son corps ou une maladie particulière.

De plus, il est relativement facile de guérir par des moyens internes une attaque accidentelle de maladie; mais immuniser le corps contre toute attaque future est plus difficile. Il est plus ardu aussi de se tirer d'affaire avec une maladie chronique; plus qu'un désordre accidentel du corps, elle se refuse à disparaître. Tant que la maîtrise du corps est imparfaite, on rencontre toutes ces difficultés, et bien d'autres, à se servir de la force interne.

Si par l'action intérieure vous réussissez à empêcher une aggravation, c'est déjà quelque chose; vous devez alors fortifier ce pouvoir jusqu'à ce qu'il soit capable de guérir. Notez que tant que le pouvoir n'est pas entièrement présent, il n'est pas nécessaire de rejeter complètement l'aide de moyens physiques. 

Les médecines sont un moyen dont on doit se servir quand quelque chose dans la conscience ne répond pas ou ne répond que superficiellement à la force. Très souvent c'est une partie de la conscience matérielle qui n'est pas réceptive; d'autres fois, c'est le subconscient qui barre la route, même quand tout le mental, le vital et le physique éveillés acceptent l'influence libératrice. 

Si le subconscient aussi répond, alors même un simple contact de la force peut non seulement guérir une maladie quelconque, mais aussi rendre cette forme ou ce genre de maladie pratiquement impossible à l'avenir. 

Toutes les maladies passent par l'enveloppe nerveuse, ou vitale-physique, du corps subtil avant de pénétrer dans le physique. Si l'on est conscient du corps subtil ou si l'on a la conscience propre au monde subtil, on peut arrêter une maladie en cours de route et l'empêcher d'entrer dans le corps physique. 

Mais elle peut venir inaperçue, ou pendant le sommeil, ou à travers le subconscient, ou brusquement quand on n'est pas sur ses gardes; dans ce cas il n'y a rien d'autre à faire qu'à lutter contre la mainmise qu'elle a déjà gagnée sur le corps

La défense de soi par ces moyens internes peut devenir si puissante que le corps acquiert pratiquement l'immunité, comme l'ont beaucoup de yogis. Cependant ce « pratiquement » ne veut pas dire absolument. L'immunité absolue ne peut venir qu'avec la transformation supramentale. Dans un corps "supramentalisé", l’immunité contre la maladie serait automatique, inhérente à sa nouvelle nature.


Extraits de "Le Guide du Yoga" de Shri Aurobindo